Ottawa – Aujourd’hui est une journée difficile et chargée en émotions pour notre ville et pour beaucoup de nos résidents.

L’incident tragique dont a été victime Abdirahman Abdi, il y a de cela plus de quatre ans, a bien sûr été particulièrement déchirant pour la famille de M. Abdi et pour ses amis de la communauté somalienne locale.

Pour les personnes qui ont vécu de la discrimination dans notre collectivité, qu’il s’agisse de discrimination systémique ou flagrante, la journée d’aujourd’hui peut être encore plus difficile et douloureuse.

Aujourd’hui, mes pensées vont d’abord à la famille et aux amis de M. Abdi, qui ont subi une terrible perte. J’aimerais encore une fois leur exprimer mes plus sincères condoléances et mon regret quant au décès de leur être cher.

Je tiens également à souligner la patience dont ils ont fait preuve durant le processus judiciaire entourant cette affaire, les longues procédures judiciaires ayant sans doute ajouté à leur chagrin.

Je veux également profiter de cette occasion pour réaffirmer ma pleine confiance dans notre système judiciaire. Au Canada, nous avons la chance que notre système judiciaire cherche à rendre des verdicts fondés sur les faits et les preuves qui sont présentés devant les tribunaux. C’est un système qui défend la primauté du droit.

Cela dit, nous sommes devant l’obligation de passer outre ce verdict et de réfléchir aux changements que nous devons nous engager à apporter afin de nous permettre d’aller de l’avant tout en tendant vers un objectif commun.

La dernière année a été difficile pour nous tous, de bien des manières. En plus des défis que la pandémie de COVID-19 continue de poser, les questions de racisme et les répercussions disproportionnées des inégalités systémiques ont été mises en évidence.

Des événements aux États-Unis et au Canada ont mené à de nombreux rassemblements visant à appuyer le mouvement La vie des Noirs compte et à dénoncer le racisme envers les Noirs, ainsi qu’à des manifestations contre le recours à la force par les policiers. Ces événements ont également renforcé l’engagement à combattre les injustices raciales dans des villes partout dans le monde, y compris ici même, à Ottawa.

Il est évident qu’Ottawa ne peut pas se contenter de jouer un rôle de spectateur devant un mouvement si important.

De nombreux membres de notre collectivité vivent divers types de discrimination, que ce soit par rapport au genre, à la santé mentale, à la race, à l’âge, à la pauvreté ou à l’orientation sexuelle, pour n’en nommer que quelques exemples. L’effet de cette discrimination est l’expérience constamment vécue par ces personnes dans nos villes et au sein des communautés.

Pour que nous puissions attaquer ces problèmes de front, il faut que la complexité de la discrimination systémique soit reconnue par nos institutions et par chacun de nous.

La première étape consiste à énoncer les vérités gênantes. Les Autochtones, les Noirs et d’autres groupes racialisés à Ottawa continuent de faire l’objet, de manière disproportionnée, de violences, de graffitis et d’insultes racistes, en plus d’être exclus de certaines activités et de certaines occasions d’emploi et de vivre de la discrimination au travail.

Seules des mesures concrètes et soutenues peuvent mettre fin à cette situation. Je crois que les municipalités ont un rôle important à jouer dans la lutte contre le racisme et la discrimination. J’ai donc été ravi d’apporter rapidement mon appui à la création du Secrétariat de la lutte contre le racisme, sous la direction du conseiller Rawlson King, qui est devenu le premier agent de liaison du Conseil pour les initiatives de relations ethnoculturelles et de lutte contre le racisme.

Le Secrétariat permettra de garantir l’intégration de principes antiracistes aux politiques de la Ville, pour que nos services servent les intérêts de tous les résidents, sans distinction.

Je suis également ravi que la Ville ait embauché Yusra Osman à titre de première spécialiste de la lutte contre le racisme, dans le but de faire des progrès en la matière au sein des différentes directions générales de la Ville. Je n’ai aucun doute que Mme Osman fera avancer les importants travaux en cours depuis 2016 dans le cadre de la Table ronde avec la communauté somalienne.

Après plus de trois années d’efforts conjoints, la Table ronde avec la communauté somalienne a commencé ou terminé les 19 initiatives figurant dans son plan de travail original, mobilisé 5 735 résidents et fournisseurs de services, et offert du soutien à l’emploi à 504 résidents d’origine somalienne. En tant que maire d’Ottawa, je reste déterminé à travailler sans relâche pour veiller à ce que notre ville soit un endroit où il fait bon vivre, et ce, pour l’ensemble de la population.

Des changements sont nécessaires dans toutes nos institutions de services publics. Je suis tout à fait conscient que le procès criminel de l’agent Daniel Montsion a été difficile pour les membres du Service de police d’Ottawa, y compris pour le chef Sloly.

Je soutiens les efforts déployés par le chef de police Peter Sloly et la présidente Diane Deans pour apporter des changements au sein du Service de police d’Ottawa.

La présidente Deans a récemment donné un aperçu de plusieurs changements importants qui sont en cours au sein du Service de police d’Ottawa.

Au cours de la dernière année, à titre de membre de la Commission de services policiers d’Ottawa, j’ai eu le privilège de participer aux efforts visant à mettre en œuvre une réforme et d’innombrables nouvelles méthodes opérationnelles en matière de soutien aux personnes en crise.

Il s’agit notamment de modifier notre façon de traiter les personnes qui ont des problèmes de santé mentale et de reconnaître de manière officielle l’incidence de la race dans nos interactions.

J’ai pu constater que le Service de police d’Ottawa affiche une nouvelle ouverture et une volonté de régler les problèmes, et que les membres des différents échelons veulent discuter de ces questions en toute franchise.

J’ai également entendu des histoires à propos de policiers qui continuent de faire plus que leur devoir et de faire preuve d’une sensibilité accrue à l’égard de ces questions.

Je veux souligner les efforts déployés jusqu’à maintenant ainsi que les nombreuses décisions difficiles qui ont été prises dans le but d’apporter des changements importants. Je crois que ces premières mesures aideront à éviter que de telles tragédies se reproduisent.

Le verdict prononcé aujourd’hui ne marque pas la fin de l’histoire de la mort tragique d’Abdirahman Abdi. Il vient plutôt nous rappeler la nécessité d’une réforme et nous donne l’occasion de réaffirmer notre engagement collectif envers ces efforts importants.

Il doit nous pousser à poursuivre les échanges communautaires sur le racisme envers les Noirs et sur toutes les autres formes de discrimination systémique.

Nous sommes probablement tous d’accord pour dire qu’il reste encore bien du chemin à parcourir. Nous devons créer plus d’occasions de discuter de ces questions de manière ouverte et pertinente dans tout ce que nous faisons.

À titre d’exemple, j’ai été encouragé par le niveau de participation qu’a suscité le Plan de sécurité et de bien-être dans les collectivités, qui a été approuvé cette semaine par le Comité des services communautaires et de protection.

Aujourd’hui, je demande aux membres de notre collectivité de prendre un moment pour reconnaître leurs sentiments à l’égard du verdict. En cette période de réflexion sans précédent, certaines personnes vivent de la colère et une grande douleur.

Malgré ces moments difficiles, nous devons trouver le moyen de continuer à discuter, de nous écouter les uns les autres et de travailler ensemble pour mettre en œuvre le changement auquel nous aspirons tous.

En demeurant fermement résolus à réaliser notre engagement, nous pourrons créer une collectivité inclusive, à l’écoute et accueillante pour l’ensemble de la population. Je vous invite à voir le verdict prononcé aujourd’hui comme une occasion de réaffirmer votre engagement envers l’atteinte de ces objectifs.